Nous sommes des descendants d’assassins.

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Eli LAIK

Monsieur Macron,

J’ai longuement réfléchi avant de vous adresser ce courrier. Il est tellement difficile de reconnaître ses crimes… Mais votre remarquable, lucide, mesurée et sage intervention d’Alger a réussi à m’en donner le courage. Et voilà, grâce à vous et à cette extrême rigueur qui vous honore, je me suis enfin décidé. Mais par quel bout commencer?

Car il ne s’agit pas de reconnaître un simple et banal petit crime de rien du tout, mais bien hélas de confesser une monstrueuse série de crimes. Crimes contre l’humanité, qui plus est ! Et qui s’étendent, comme vous l’avez pressenti, sur plusieurs générations…

Je trouve, entre parenthèses, que votre déclaration télévisée et mondialement diffusée était d’ailleurs bien timide.
« Crimes contre l’humanité, » « barbarie, » peut-être que, lorsque l’on a décidé de salir sa propre patrie sur une terre étrangère, faut-il encore prendre quelques gants.

Mais au fond je pense que vous avez bien agi et qu’ainsi, par ces mots odieux dont vous ne pourrez plus jamais vous détacher et qui désormais vous poursuivrons, vous êtes parvenu à payer le juste prix de ces dizaines de milliers de voix dont vous allez avoir grand besoin dans quelques semaines. Chacun reçoit les trente deniers qu’il peut, car il n’est pas de petit judas… Mais pour le grand politicien que vous êtes, cela n’est que broutille.

Venons-en maintenant à mes propres aveux. Vous l’avez compris, je fais partie de ce million de Français d’Algérie qui, les mains rouges du sang de nos esclaves musulmans, ont pris en 1962 le juste chemin de l’exil. Certes, ma culpabilité est presque mineure par rapport à celle de mes ancêtres ; je n’avais alors que vingt ans. Mais rassurez-vous, conscient de ma prédestination et du châtiment qui s’approchait, j’ai mis les bouchées doubles.

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J’habitais dans le faubourg d’Eckmühl, quartier très populaire d’Oran. Imaginez un peu : Il y avait en ce petit bout de France à peu près autant de représentants de chacune des trois communautés (comme l’on dit aujourd’hui). Imaginez l’horreur : on jouait ensemble, et souvent même on était copains. Pis encore : on fréquentait les mêmes écoles et les mêmes classes ! N’est-ce pas là le plus grand des crimes contre l’humanité qui se puisse rêver? Mais vous avez certainement compris que si nous cohabitions ainsi, c’était pour humilier un peu plus les fils de nos esclaves.

En raison de la longueur de cette lettre elle sera publiée en quatre parties.

Gérard ROSENZWEIG
5° génération, dont quatre nées en Algérie. Toutes les cinq Algérie-Française sans le moindre scrupule.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Eli LAIK pour http://les-francophones-d-israel.com/

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